L'américanisation par l'opinion
L'infolettre Ces temps-ci pour la semaine du 15 septembre 2025
Cette semaine, j'ai écrit un texte humoristique, pensé et incisif sur Charlie Kirk, sa mort et tout ce qui a suivi. Mais ce n’est pas ce texte que vous allez lire aujourd’hui. En fait, si je décide de sortir le texte sur le défunt influenceur états-unien ultra-conservateur, ce ne sera probablement pas dans le cadre de Ces temps-ci, ma revue de presse commentée.
Non, en fait, le texte que vous allez lire aujourd’hui découle de toute la couverture médiatique qui a entouré les évènements, ici, au Québec, et sur comment tout ça a illustré que notre société s’états-unianise (vous comprendrez pourquoi j’ai utilisé « américanise » dans le titre, même si je déteste l’idée derrière ce terme) par l’opinion.
Du moins, certains chroniqueurs et leaders d’opinion travaillent fort pour ça.
Un évènement surmédiatisé
La couverture médiatique de cet évènement fut, c'est un euphémisme, excessive au nord de la frontière.
Ce n’est pas mêlant, ç'a même réussi à (quasi) éclipser le tournoi de golf annuel de la sainte flanelle !
Il y avait des fils d’actualité qui couvraient en directe la traque du présumé assassin (je veux dire, il y a certainement un assassin, mais la personne trouvée est innocente jusqu’au jugement en cours) et il serait difficile de trouver un chroniqueur au Québec qui n’a pas écrit ou dit quelque chose sur le sujet (pas mal toujours la même chose, d’ailleurs).
Mais l’affaire, c’est qu’on s’en fout un peu de cet évènement, en réalité. Je ne peux pas penser à un autre pays dans lequel l’assassinat d’un influenceur politique aurait fait couler autant d’encre ici. Ce n’est pas que ce n’est pas un évènement tragique en soi, mais c’est que cet évènement tragique, qui affecte certainement la société états-unienne, a été traité comme si ça s’était passé à Repentigny ou à Sherbrooke.
Une logique inversée
En tant qu’individu adepte de médias locaux (c’est tellement important, supportez vos médias locaux les amis), un argument récurent afin de promouvoir leurs produits est qu’ils proposent un regard local sur des enjeux régionaux, provinciaux, nationaux et internationaux. Par exemple, le gouvernement du Québec coupe les vivres en éducation, et le journal local va proposer la perspective des intervenants scolaires de la polyvalente du coin.
Mais voilà, en ce qui a trait à beaucoup d’analyses qui sont sortis dans des médias québecois suite à la mort de Charlie Kirk, on dirait plutôt que la logique était inversée. On proposait un regard états-unien sur des enjeux régionaux, provinciaux et nationaux.
Ainsi, nos commentateurs réactionnaires préférés ont sauté sur la vague provenant des États-Unis qui consiste à dire que « la gauche » se réjouit de cet assassinat. Cette gauche serait intrinsèquement violente et devrait donc être combattu pour ce qu’elle est.
Quelle gauche, vous demandez ? Catherine Brunet et Françis Gosselin, j’imagine. En tout cas, ce sont les deux seules personnes québécoises pouvant moindrement être caractérisées de « personnalités publiques », à savoir pas des bozos sur les réseaux sociaux, qui ont tenu des propos problématiques sur le sujet. Et disons que l’une de ces deux personnes ne rentre pas tout à fait dans l’archétype du gauchiste.
Mais voilà, cela importe peu, puisque la grille d’analyse est importée du sud. Et ça ne vient pas de n’importe qui au sud, non plus.
Un élément non pas déclencheur, mais révélateur
Cette inversion de la logique médiatique m’est apparue évidente suite aux récents évènements. Mais voilà, le phénomène ne se résume pas à ceux-ci.
Les élections municipales approchent à grands pas, et déjà, nos mêmes amis commentateurs s’embrasent sur cette « gauche » municipale qui voudrait imposer son projet de société aux pauvres citoyens qui veulent juste pouvoir se rendre en char au Costco, sur des belles grandes rues fraichement pavées et non encombrées de cyclistes ou autres pelleteux de nuages.
Pour citer un émigrant bien connu,
« Partout en Occident, la gauche radicale a décidé d’investir le terrain municipal pour imposer sa vision du monde, son projet de société.
Elle multiplie les interdictions et les normes dans la vie quotidienne, elle idéologise la vie ordinaire.
Les familles fuient les métropoles, et Montréal, en particulier, qui devient ainsi un territoire inhospitalier pour le commun des mortels.
Le pire est devant nous. »
Tabarslack copain, tu parles de Montréal ou de l’Enfer?
Mais voilà, la politique municipale québecoise ne peut pas se faire accoler la même grille d’analyse que ce qui se fait, par exemple, aux États-Unis ou en France. Dans ces deux pays (j’imagine les deux référents principaux du chroniqueur expatrié), la politique municipale est intimement liée à ce qui se fait dans les paliers supérieurs de gouvernement. Nous avons donc des maires et des conseillers démocrates et républicains aux États-Unis, et nous avons des mairies républicaines, socialistes ou encore communistes en France. Dans les deux cas, ça vient inévitablement avec le projet de société qui y est associé.
Au Québec, les partis politiques municipaux, quand il y en a (c’est principalement une réalité dans les grandes villes), ne sont pas affiliées aux palliés supérieurs de gouvernement. Ce n’est pas que les politiciens municipaux n’ont pas de penchants politiques plus progressistes ou plus conservatrices, mais le cadre dans lesquels ils évoluent conditionne très différemment ce qu’est même être « de gauche » ou « de droite ».
En fait, ça peu se résumer à ceci : soit on décide de se limiter au rôle d’échevin traditionnel (la « droite »), soit on décide de faire plus qu’entretenir les routes et organiser la récolte des ordures, par exemple intervenir en itinérances (la « gauche »).
La censure d’État, ici, au Canada?
Dans un autre registre, j’ai vu passer un message Facebook d’Éric Duhaime qui, bien que se désolant de la censure d’État qu’a subi l’animateur d’émission satirique Jimmy Kimmel (puisque son ton déplaisait au président), s'est plain que peu de gens se soient levé pour défendre Radio X, la radio poubelle de Québec, lorsque la station a subi quelque chose de similaire (selon lui) il y a quelques années.
Cette comparaison est douteuse, au mieux.
Jimmy Kimmel a littéralement été retiré des ondes à la suite d’actions coercitives directes venant du gouvernement envers les stations associés qui diffusaient son émission. Une véritable censure d’État.
Ce que Radio X a vécu, c’est une vague d’entreprises et d’organismes publics qui ont cessé d’acheter de la publicité sur leurs ondes lors de la pandémie de COVID-19 puisque plusieurs de leurs contenus tendaient vers le cynisme envers les vaccins, pour le dire gentiment. Le gouvernement du Québec, dans son cas, s’est vu refuser une publicité pro vaccin puisqu’elle aurait été caricaturale de l’auditoire de la station. La CAQ n’était pas trop choquée toutefois, puisqu’elle a déployé une campagne publicitaire sur la station en vue des élections de 2022.
On ne peut pas comparer la censure d’État des médias qui a lieu présentement aux États-Unis, à coup de poursuites ou carrément de fermetures directes d’émissions ou de médias, à un mouvement d’organisations qui retirent leurs dépenses publicitaires dans une station de radio.
Nous n’avons pas, au Canada, de censure d’État des discours politiques.
Les impacts d’une grille d’analyse non adaptée
Le problème quand nous analysons les enjeux locaux avec une grille d’analyse venue d’ailleurs, c’est que nous ne pouvons pas formuler les bons diagnostics, tout simplement. Il y a des enjeux au Québec et au Canada, sans aucun doute. Mais il ne s’agit pas d’avoir des influenceurs qui se font tirer dans le cou. Ce n’est pas non plus une fameuse « gauche » municipale qui voudrait faire plonger nos villes dans une sorte de socialisme nouveau.
Il ne s’agit pas plus de combattre un lourd passé esclavagiste, pour reprendre un thème que certains courants progressistes calquent des États-Unis, dans notre contexte qui ne s’y prête pas vraiment (il y a eu de l’esclavage au Canada avant que ce soit le Canada, mais très peu, et l’économie de la colonie n’était pas centrée autour de ça).
Le Québec et le Canada ont suffisamment d’enjeux à régler sans qu’on en importe d’ailleurs.
Notre consommation médiatique façonne dans une certaine mesure notre réalité. C’est pourquoi plusieurs déplorent notre consommation médiatique beaucoup trop états-unienne.
Une identité nationale, une nation, se construit avec des gens qui racontent le peuple. Il ne faudrait pas que les personnes qui ont comme fonction de le faire racontent notre peuple à l’états-unienne.
Nous risquerions alors de nous y perdre.
Revue de presse
Politique québécoise
Exclue du conseil des ministres: Maïté Blanchette Vézina claque la porte de la CAQ. La Presse. (Accéder à l’article)
« La députée de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina, claque la porte du caucus caquiste après avoir été exclue du conseil des ministres par François Legault. »
Proposition qui sera débattue en congrès: La CAQ veut interdire les manifestations « masquées » et les campements. La Presse. (Accéder à l’article)
« Nouvelle priorité de François Legault, le thème de « la loi et l’ordre » sera au menu du congrès de son parti la semaine prochaine. Les caquistes veulent, par exemple, interdire les manifestations « masquées » et les campements dans des lieux publics ou privés. »
Piscines résidentielles: Québec reporte d’un an l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation. La Presse. (Accéder à l’article)
« À seulement dix jours de l’entrée en vigueur d’une réglementation adoptée en 2021, Québec accorde finalement un an de plus aux propriétaires de piscines résidentielles pour ajuster clôtures, loquets et barreaux qui donnent accès à leur plan d’eau personnel. »
Politique canadienne
Le Canada et le Mexique signent un accord visant à renforcer leurs liens commerciaux. Le Droit. (Accéder à l’article)
« Le Canada et le Mexique ont conclu un accord visant à renforcer leurs liens commerciaux et leurs partenariats afin de construire des infrastructures, telles que des ports, des voies ferrées et des corridors énergétiques, tout en luttant contre la criminalité et en protégeant l’environnement. »
Le budget fédéral sera finalement déposé le 4 novembre. Le Droit. (Accéder à l’article)
« Le prochain budget fédéral, le premier du gouvernement de Mark Carney, sera déposé le 4 novembre, a déclaré mardi le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, au cours de la période des questions. »
Poilievre choisit le déficit pour marquer son retour. Le Droit. (Accéder à l’article)
« Le chef conservateur Pierre Poilievre a fait son retour en Chambre, lundi, en critiquant le premier ministre Mark Carney sur le déficit fédéral qui aura, selon toute vraisemblance, monté en flèche au moment du dépôt du prochain budget, en octobre. »
Cabinet de Mark Carney: Chrystia Freeland quitte son poste de ministre. La Presse. (Accéder à l’article)
« Chrystia Freeland quitte ses fonctions de ministre des Transports et du Commerce intérieur, confirment des sources au sein du gouvernement. Elle aurait accepté de nouvelles fonctions diplomatiques liées à la crise en Ukraine. »
Politique internationale
« Censure » de Jimmy Kimmel: Trump voudrait suspendre les licences des diffuseurs qui le critiquent. La Presse. (Accéder à l’article)
« Le président Donald Trump a affirmé jeudi qu’on devrait pouvoir retirer la licence des diffuseurs qui parlent en mal de lui, un jour après la suspension de l’émission de Jimmy Kimmel par ABC. »
C’est quoi cette initiation au maniement des armes, obligatoire en maternelle ? 20 Minutes. (Accéder à l’article)
« Dans le Tennessee, une loi impose des cours d’initiation aux armes à feu dès l’âge de 5 ans dans les écoles publiques. Cette mesure est défendue comme de la prévention mais suscite de vives critiques »
Guerre à Gaza: Le conflit le plus meurtrier pour les journalistes, selon une experte de l’ONU. La Presse. (Accéder à l’article)
« Une experte de l’ONU a accusé lundi Israël de cibler intentionnellement des journalistes pour dissimuler un '“génocide” à Gaza, et averti que le conflit en cours était “le plus meurtrier jamais observé” à l’encontre des journalistes. »
Un « cadre » pour un accord sino-américain sur TikTok a été trouvé. La Presse. (Accéder à l’article)
« Après deux jours de négociations menées à Madrid, la Chine et les États-Unis sont parvenus à un accord sur TikTok prévoyant que la plateforme passe sous pavillon américain, un compromis que le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping doivent finaliser vendredi. »
La Maison-Blanche en guerre contre le « terrorisme intérieur » de gauche. 20 Minutes. (Accéder à l’article)
« Depuis la mort de l’influenceur Maga le camp Trump ne cesse de s’en prendre à la gauche même si les motivations du suspect restent mystérieuses »
Dossier: Guerre à Gaza | « Gaza brûle » (2 articles). La Presse. (Accéder à l’article)
« Israël est passé de la parole aux actes en lançant mardi une offensive terrestre dans la bande de Gaza, au moment même où une commission de l’ONU a conclu que l’État hébreu perpétrait un génocide en Palestine. »
Guerre à Gaza: Gaza devient une « aubaine immobilière », se réjouit un ministre israélien. La Presse. (Accéder à l’article)
« “C’est beaucoup moins cher de construire” et “maintenant, sans blague, nous avons terminé la phase de démolition”, ce qui fait de Gaza une “aubaine immobilière”, a déclaré mercredi le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui fait l’objet de sanctions au Canada depuis juin. »
Venezuela : Nicolas Maduro accuse les Etats-Unis d’« agression à caractère militaire » et promet que son pays exercera son « droit à se défendre ». Le Monde. (Accéder à l’article)
« Nicolas Maduro a aussi accusé le chef de la diplomatie américain d’être un “seigneur de la mort et de la guerre”. L’administration Trump a déployé des forces militaires dans les Caraïbes au nom de la lutte contre les cartels de la drogue, provoquant de vives tensions avec le Venezuela. »



