Le système politique, au Canada et au Québec, peut sembler simple. Une fois tous les quatre ans (à moins qu’il y ait déclenchement d’élections anticipées), les citoyens majeurs vont voter pour un candidat qui, l’espèrent-ils, deviendra député de leur circonscription à la chambre des communes (Ottawa) ou à l’Assemblée nationale (Québec). Une fois les élections tenues, les citoyens peuvent retourner chez eux et menacer de mort leurs élus sur les internets sous le couvert de l’anonymat, et c’est tout. Vraiment ?
En fait, c’est tout en ce qui concerne notre implication directe dans la formation de l’assemblée législative, la seule sur laquelle les citoyens peuvent se prononcer. Ces députés, une fois élus, élisent ensemble un premier ministre. Généralement, le chef du parti ayant fait élire le plus de députés. Ce premier ministre nommera par la suite des ministres parmi les députés, qui constitueront avec le premier ministre le gouvernement. Les députés adoptent les lois, et le gouvernement les applique.
Ça, c’est la théorie, grossièrement résumée, de notre démocratie.
La pratique, elle, est un peu plus complexe que ça.
En réalité, élections après élections, ce n’est pas tant des députés que nous élisons pour représenter notre coin de pays, mais plus, à grande échelle, des organisations qui convoitent le pouvoir afin d’appliquer leur programme politique. De ce fait, les conservateurs et les libéraux se sont échangés les rênes du Canada depuis sa fondation, et quelques organisations ont pu diriger le Québec dans les dernières décennies, la plus récente étant la Coalition Avenir Québec (CAQ).
Deux côtés à la médaille
Cette dynamique de pouvoir entre partis politiques a plusieurs avantages (par exemple la proposition de projets politiques structurés, la concertation de personnes ayant une vision politique commune et la formation de couples de politiciens), mais a également des effets qui viennent pervertir l’idée même de représentation de la population, au centre de notre démocratie.
En effet, dans la réalité politique actuelle, les citoyens se retrouvent à devoir élire une personne qui est non seulement, en théorie, un représentant pour la circonscription, mais aussi un représentant d’un parti politique, devant donc défendre sa vision, sa plateforme, son bilan.
Considérant qu’il est pratiquement impensable pour un candidat de se faire élire s’il n’est pas sous le giron d’un parti politique, ces organisations ont en quelque sorte un oligopole de l’offre politique, et conséquemment du pouvoir.
Les partis politiques ne sont toutefois pas vraiment responsables face à la population. Leurs chefs sont élus par des membres (une infime minorité de la population), et leurs orientations sont, elles aussi, votées par les membres (avec des processus plus ou moins démocratiques selon les partis). C’est donc dire qu’un citoyen n’étant membre d’aucun parti politique se fait offrir des options politiques sur lesquelles il n’a pas pu se prononcer en amont, et ne pourra pas non plus le faire en aval des élections.
En contrepartie, un membre de parti politique aura non seulement le droit de vote que nous recevons après 18 années de survie, mais également le droit de voter sur l’offre politique, et parfois même de voter pour le premier ministre (dans un vote de confiance du chef au sein du parti ou encore une élection de chef) !
Non seulement les membres de la CAQ existent (je l’écris sans y croire vraiment), mais ce sont eux qui ont voté pour le premier ministre du Québec (et seulement eux).
C’est beaucoup de pouvoir entre les mains de personnes qui sont extasiées à l’idée de faire plusieurs heures de route pour aller passer une fin de semaine au Palais des Congrès de Gatineau.
Je m’égare un peu, mais le constat demeure le suivant : nous élisons des représentants d’organisations sur lesquelles, généralement, nous n’avons pas de pouvoir.
Cela cause un problème évident entre les périodes électorales : les députés élus se retrouvent à devoir jongler entre une force qui provient d’en bas, les électeurs, et une venant d’en haut, le parti politique, la ligne de parti. Les députés ont habituellement plus de latitude lorsqu’ils sont dans l’opposition parce qu’il suffit de critiquer le gouvernement en place, peu importe le sujet et la façon, mais s’ils appartiennent (notez ce mot) au parti qui forme le gouvernement, c’est un peu plus compliqué en dehors des caucus à huis clos (parce que la politique, ça se fait beaucoup en cachette).
Un épisode révélateur
Récemment, ç’a brassé à la CAQ. Maïté Blanchette Vézina, tout juste remerciée pour son rôle de ministre du bois (des Ressources naturelles et des Forêts), a décidé de claquer la porte de sa formation politique, critiquant ouvertement le gouvernement et son chef, François Legault, qui, selon elle, trahit ses engagements envers les régions du Québec (dont la sienne, Rimouski). Cette dernière siègera désormais comme députée indépendante, rejoignant ainsi Youri Chassin et Pierre Dufour dans ce club sélecte.
Toute cette situation est une chose en soi, et ce n’est pas nécessairement là-dessus que je veux m’attarder pour conclure mon édito. J’aimerais en effet souligner les propos d’autres députés caquistes face à cette situation, notamment le propos de l’ex-ministre des ordinateurs (de la Cybersécurité et du Numérique), dont le bilan suggère plutôt qu’il ne pourrait même pas mettre « maîtrise de la suite Office » sur son CV, Éric Caire.
« Maïté est arrivée en 2022. On lui a donné un comté, elle n’a pas eu à se battre pour. On lui a donné une élection, elle n’a pas eu à se battre pour. On lui a donné un poste au Conseil des ministres, elle n’a pas eu à se battre pour. Et aujourd’hui, elle pose ce geste-là. C’est un très gros manque de respect de sa part ».
Éric Caire, après tout, parle d’expérience. Ce n’est pas trop important ce que tu as promis à tes sujets pour te faire élire, allant même jusqu’à mettre ton siège en jeu si ça ne se concrétisait pas (genre, neuf milliards de dollars d’asphate pour sauver deux minutes de char).
L’important, c’est le Parti.
Un autre député et nouvellement ministre du manger (de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation), Donald Martel, a abondé dans le même sens : « Je pense que c’est déplacé. Si elle voulait rester pour aider, il aurait fallu qu’elle reste dans le caucus ».
Ces deux déclarations révèlent une chose : pour ces députés, quoi qu’on puisse penser des choix et des actions de leur ancienne collègue, celle-ci était redevable à son parti, pas à ses commettants.
Certes, être sur le conseil des ministres dépasse le rôle de député et c’est un privilège qu’on doit à la personne qui nous y a nommé (le premier ministre). Mais en tant que député, ton seul boss, ce sont tes électeurs.
Essayons de garder ça en tête, pour le bien de notre démocratie.
Revue de presse
Politique québecoise
La CAQ va moderniser le régime syndical en faveur des citoyens et du Québec. Le Droit. (Accéder à l’article)
« Le premier ministre François Legault confirme que le ministre du Travail, Jean Boulet, va déposer bientôt un projet de loi qui va “moderniser le régime syndical au Québec en faveur des travailleurs, des citoyens et du Québec” — ce qui irrite particulièrement les syndicats, qui voient ainsi leurs appréhensions se confirmer. »
💬 Favoriser les travailleurs en s’attaquant aux organisations qui défendent leurs droits, il fallait y penser !
Roberge appelle à se «réveiller» face à «l’assaut de l’islamisme radical». Le Droit. (Accéder à l’article)
« Au lendemain du discours de François Legault qui a dénoncé “l’assaut de l’islamisme radical”, le ministre de la Laïcité, Jean-François Roberge, a appelé mercredi à se réveiller devant cette menace. »
💬 Ce n’est pas que l’influence de groupes fondamentalistes religieux ne soit pas un enjeu, mais disons que ça pue la tentative de diversion et pas juste un peu.
Éducation : LeBel va retirer les plafonds d’embauche imposés par Drainville. Radio-Canada. (Accéder à l’article)
« La ministre de l’Éducation Sonia LeBel va retirer les plafonds d’embauches imposés par Bernard Drainville pour accéder aux sommes réinvesties dans les écoles. »
Dossier: Coupes de Québec | Les procureurs sonnent l’alarme (2 articles). La Presse. (Accéder à l’article)
« Procès annulés à cause des délais, poursuites abandonnées faute de bras, droits des victimes bafoués… L’abolition de dizaines de postes de procureurs menace le système de justice criminelle, selon leur association, qui demande à leur patron de “résister publiquement” aux compressions du gouvernement Legault. Même le sous-ministre de la Justice craint que des crimes restent “impunis” en raison du manque d’effectifs. »
La CAQ veut interdire aux personnes de cacher leur visage en public. La Presse. (Accéder à l’article)
« Les militants de la Coalition avenir Québec (CAQ) veulent interdire aux personnes de “cacher leur visage” dans l’espace public et en tout temps. Sans confirmer qu’il donnera suite à la résolution, le ministre Jean-François Roberge a voté en faveur pour “ouvrir le débat”. »
💬 Ça va être un exercice d’acrobate d’envergure de cibler spécifiquement les femmes voilées intégralement et les manifestants masqués (les cibles du gouvernement), et non les gens qui essaient de ne pas avoir d’engelures dans la face en hiver.
Travailleurs étrangers: « On n’a jamais dit à Ottawa d’être aussi sévère », se défend Roberge. La Presse. (Accéder à l’article)
« Après lui avoir demandé pendant des mois de réduire le nombre d’immigrants temporaires, le gouvernement Legault estime qu’Ottawa est allé trop loin en visant “de manière très maladroite” les travailleurs étrangers en région, déplore le ministre Jean-François Roberge. »
💬 Faudra se brancher un moment donner.
La CAQ a oublié les régions, martèle le PLQ. Le Droit. (Accéder à l’article)
« En plus de l’itinérance et du logement, les régions se retrouvent également aux abonnés absents du discours d’ouverture de cette nouvelle session parlementaire, déplore le député André Fortin. »
Politique canadienne
Mark Carney rencontrera Donald Trump à la Maison-Blanche mardi. Radio-Canada. (Accéder à l’article)
« Mark Carney va rencontrer le président américain Donald Trump à Washington mardi dans le contexte d’imposition de tarifs douaniers par les États-Unis. »
Politique internationale
Réunion de responsables militaires: Trump exhorte les généraux à combattre « l’ennemi de l’intérieur ». La Presse. (Accéder à l’article)
« Dans un discours d’une rare violence politique, Donald Trump a appelé mardi les généraux et amiraux américains à se mobiliser contre “l’ennemi de l’intérieur”, en attaquant les immigrés sans papiers, la presse et ses opposants. »
💬 Tyrannie.
En RDC, l’ancien président Joseph Kabila condamné par contumace à la peine de mort. Le Monde. (Accéder à l’article)
« La haute cour militaire a suivi les réquisitions du ministère public en condamnant à mort, mardi 30 septembre, l’ex-chef de l’Etat congolais, en exil, pour “trahison” et “crimes de guerre”. »
Films produits à l’étranger: Trump redit son intention d’imposer des droits de douane. La Presse. (Accéder à l’article)
« Déjà annoncé en mai dernier, le président américain Donald Trump a réitéré lundi sa volonté d’imposer 100 % de droits de douane sur les films diffusés aux États-Unis, mais produits à l’étranger. »
Bande de Gaza: Israël appuie le plan de paix de Trump. La Presse. (Accéder à l’article)
« Donald Trump a décroché lundi un soutien sous conditions de Benyamin Nétanyahou à son plan de paix pour Gaza, le premier ministre israélien se réservant le droit de “terminer le travail” par les armes si le Hamas rejetait la proposition ou en violait les termes. »
« Le peuple a gagné »… Le parti pro-européen PAS gagne les élections en Moldavie. 20 Minutes. (Accéder à l’article)
« Le Parti Action et Vérité (PAS), au pouvoir depuis 2021 en Moldavie, pays parmi les plus pauvres d’Europe, a obtenu 50,16% des suffrages, selon les résultats portant sur 99,91% des bulletins dépouillés »
Les États-Unis entrent en paralysie budgétaire. La Presse. (Accéder à l’article)
« Les États-Unis sont entrés mercredi en période de paralysie budgétaire avec pour conséquence le gel d’une partie de l’administration fédérale, sans aucune solution en vue dans l’immédiat à l’impasse budgétaire au Congrès entre les républicains de Donald Trump et l’opposition démocrate. »
Plan de paix pour Gaza: Le Hamas se dit prêt à libérer les otages. La Presse. (Accéder à l’article)
« Le Hamas s’est dit prêt vendredi à libérer les otages dans le cadre de la proposition de cessez-le-feu à Gaza de Donald Trump. »
💬 Une bonne nouvelle, mais ça ne dit pas leur intention de respecter les autres éléments du plan, genre se désarmer. À suivre.



